Platanthera chloranta - 1

 

 «… Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule ! 
Curieux : De quoi sert cette oblongue capsule ?
D'écritoire, Monsieur, ou de boîte à ciseaux ? 
Gracieux : Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?... »

Edmond ROSTAND – Cyrano de Bergerac – 1897 

 

Platanthera chloranta - 2

 

Platanthera chloranta ou Orchis verdâtre, avec sa haute stature de 30 à 70 cm est une grande fleur élégante, plutôt discrète, dispersée dans les hautes herbes, ou bien dans l’ombre d'un coteau boisé. Quand on prend le temps de se pencher sur elle, nombre d'éléments la distinguent comme "le nez au milieu de la figure" ; comme autant d’indices qui mettent sur la piste : 

     - fines fleurs effilées, 

     - couleur blanche et verdâtre, 

     - label pendant quasiment à la verticale, 

     - orifice donnant accès à l’éperon nectarifère au centre et à l’extrémité supérieure du label, 

     - loges polliniques entourant, tel un porche, l’orifice rond de l’éperon, 

     - très long et très fin éperon nectarifère.

 

Platanthera chloranta - 3

 

Il est utile de compléter la liste de ces indices visuels diurnes que nous pouvons tous assez aisément dresser, par une caractéristique olfactive nocturne qu’il n’est pas donné à chacun de constater : les fleurs sont odorantes, mais surtout la nuit.

 

Platanthera chloranta - 4

 

Voici donc une fleur qui, contrairement à la plupart, n’est pas de couleur voyante, dont le label ne permet pas l’atterrissage, et qui propose une réserve à nectar profonde et étroite.
Tous ces indices mettent sur la piste d’un gourmand agile, équipé d’une longue langue : 

     - par exemple un Colibri doté de la capacité de vol stationnaire et d’une longue pièce buccale aspirante... mais les Colibris ne sont pas d’ici…, 

     - un papillon du genre Moro-sphinx, autrement nommé Sphinx colibri ou encore Macroglossum (Grosse langue) stellatarum, mais il est diurne… alors oui, parfois, à l'occasion..., mais qui d’autre encore ? 

     - son cousin nocturne Proserpinus proserpina ou Sphinx de l’épilobe semble bien être l’heureux élu remplissant au mieux toutes les conditions pour pouvoir se régaler d’un nectar si difficile d’accès.  

 

Macroglossum_stellatarum01(js)

 

Nourrir les papillons, vous vous en doutez, n’est pas la première préoccupation de Platanthera chloranta. Tous ses stratagèmes alambiqués ne visent qu’à assurer sa reproduction.
Proserpinus proserpina et consorts repartiront de leur goûter avec, collées sur les joues, les yeux, ou la trompe, les masses polliniques qu’ils s’empresseront de livrer au stigmate de la fleur suivante lors de leur prochaine collation.

 

Proserpinus_proserpina

 

Naturellement vient à l’esprit la question de savoir qui, du papillon ou de la fleur, s’est adapté à l’autre ?
Les réponses évoluent :

     - au début du XXème siècle, certains scientifiques estiment qu’il s’agit là d’une co-évolution des deux partenaires ;

     - au début du XXIème siècle, à partir d’analyses phylogénétiques leurs successeurs concluent à l’adaptation du végétal à l’animal.

 

Platanthera chloranta - 5

 

Mais tous sont certainement d’accord avec Charles DARWIN, leur illustre prédécesseur, pour constater : 

     - d’une part que l’Orchidée augmente ses chances de voir partir son pollen vers une autre fleur en imposant à l’insecte de venir au contact des loges polliniques en s’engageant loin pour la quête de nectar, 

     - et d’autre part, qu’un papillon a plus de chance de se nourrir copieusement s’il dispose d’une longue trompe ! 

 

© F6
novembre 2018

 

Quelques précisions :

- Publication "à contretemps" ; les clichés de Platanthera chloranta datent de juin 2018, ils ont été pris sur les flancs du torrent de l'Arbonne à LA-THUILE-DE-VULMIX (73),

- Les clichés des deux papillons sont empruntés à l'encyclopédie libre Wikipédia,

- Platanthera chloranta est bien présente sur la majeure partie du territoire de la France métropolitaine. On la rencontre jusqu'à 2300 m d'altitude. Le genre Platanthère ne connait que trois espèces en France d'aspects très proches. Platanthera chloranta ne se distingue de sa cousine Platanthera bifolia que par l'évasement vers le bas des loges polliniques.

- Pour positionner quelques éléments d'anatomie :

 

Platanthera chloranta - anat 2

 

Platanthera chloranta - anat 1