Ou plutôt entrouverte sur des traditions pastorales et agricoles anciennes dont les flancs de montagne conservent les vestiges.

 

Montagnette - 1

 Porte ouverte, face au Mont Pourri

Cette balade sur les terres de SAINTE-FOY-TARENTAISE, entre 1700 m et 1900 m d'altitude, est devenue pour nous un véritable "pèlerinage paysager". Aller au-delà de 1900 m nécessite un "coup de collier" qui rend la journée plus sportive, mais permet de découvrir ce qu'on appelait autrefois "la montagne", autrement dit, passé l'étage forestier, la grande montagne des vastes alpages ouverts jusqu'aux flancs rocheux des hauts sommets.
En hiver, il faudra partir de bien plus bas dans la vallée et chausser raquettes ou bien skis de randonnée dès le pare-avalanches des Pigettes sur la route de BOURG-SAINT-MAURICE à TIGNES et VAL-D'ISERE.

 

Montagnette - 2

Entre Chenal et Monal (prairies aujourd'hui, hier ?) 

Entre 1700 et 2000 m, ici c'est "la montagnette", soit la "petite montagne", celle où une pente raisonnable, des replats ou plans accueillants ont incité au défrichage de la forêt afin de créer des prairies de fauche et de permettre une installation temporaire. Occupée jusqu'au milieu du XXème siècle, la montagnette est plus prometteuse de récoltes et de production laitière, quand la vallée encaissée, au bord du grand axe de communication, ne facilite que l'hivernage. 

 

Montagnette - 3

 Bétail au Chenal

En Tarentaise et dans d'autres régions de montagne, mais avec des particularités liées au terrain, "la petite montagne" est également le nom donné à une pratique agropastorale rendue nécessaire par l'encaissement de la vallée et l'éloignement des grands alpages. Philippe ARBOS (1882-1956), géographe, parle d'un "nomadisme alpin à étage intermédiaire". Il décrit dans le détail d'autres pratiques, profondément infléchies par le relief local, jusque dans la vie intime des familles. Elles diffèrent dans les dates, les modalités, les trajets de la transhumance, et ce, parfois même d'un village à ses voisins. 

 

Montagnette - 4

La Legettaz

A la différence des "montagnes pastorales", celles où pour des raisons de sévérité du relief le bétail inalpera "d'une traite" de la vallée vers les chalets d'alpage au dessus de 2000 m, à l'étage intermédiaire, "la montagnette" où se déroule notre promenade, la piste va de hameau en hameau, passant parfois à proximité de constructions isolées. Les constructions, toutes ou presque sur le modèle vertical étable-habitat-grange, sont situées autour de sources ou de cours d'eau, de prairies de fauche et de jardins. Elles ont également pris le nom de "montagnettes", ou "chalets de remue".

 

Montagnette - 5

 Le Monal

Quand dans les "montagnes pastorales" les troupeaux sont regroupés et confiés à l'un puis à l'autre des propriétaires à tour de rôle, ou bien à un "montagnard" spécialisé, ici, dans la "montagnette", c'est toute la famille, tout le cheptel et une grande part de l'activité qui "remue". Tout ce petit monde se transporte dans une seconde résidence pour pratiquement 6 mois de l'année parfois entrecoupés, toujours selon la configuration géographique, d'une période de retour au village. La gestion optimale des ressources, et en premier lieu, du fourrage, est bien entendu le "grand ordonnateur-régulateur" de ce nomadisme.  

 

Montagnette - 6

 Le Chenal

Les "premiers remués", dès la fonte des neiges fin avril-début mai, seront les moutons et les chèvres peu exigeants en matière de pâturages et toujours repoussés au plus haut, au plus difficile ou au moins bon à paître. Ils seront suivis par le troupeau de vaches début juin  qui broutera en premier lieu les prairies de fauche de la montagnette. Fin juin, le troupeau de bovins rejoindra ovins et caprins en altitude, à la montagne, en estive au delà de 2000 m dans le Vallon du Clou jusqu'à la fin septembre. A la remue descendante, les troupeaux feront à nouveau halte à la montagnette pour y pâturer le "refoin" durant quelques semaines, jusqu'aux premières neiges de novembre ou même décembre.

   

Montagnette - 7

Le Fenil 

Dans l'intervalle estival, à la montagnette toute l'activité s'organise autour de la constitution de réserves qui descendront tôt ou tard dans la vallée pour l'hiver  : foins, récoltes des jardins, bois, fromages et beurre. Le passage du troupeau deux fois par année à la montagnette, moyennant le travail d'épendage des bouses, assurera un amendement des sols prometteur de bon foin et de beaux légumes l'année suivante. On s'occupera aussi au défrichage qui étend les surfaces de fauche, et permet aux promeneurs d'aujourd'hui de passer de la fraîcheur de la forêt de Mélèzes et de Sapins, aux paysages ouverts et grandioses ensoleillés.  

 

Montagnette - 8

 Le Fenil  

La pratique toujours en vigueur de l'agropastoralisme ne remue plus que le bétail parqué dans les pâturages électrifiés ainsi que des unités de traite mobiles montant puis redescendant d'étage en étage. 

Aujourd'hui, les montagnettes sont passées d'un statut de seconde résidence, à celui de résidence secondaire. A chaque vacances, il se trouve bien un frère, une soeur, un cousin, une cousine, des familles entières réunies autour de leurs parents et grands-parents, pour profiter encore du grand air, et de l'histoire des paysages que leurs ancêtres ont façonnés.  

 

Montagnette - 9

 

Bon, et maintenant,

quelqu'un pourrait-il fermer la porte ?

 

© F6
novembre 2018


Pour en savoir plus, beaucoup plus sur l'agropastoralisme dans les Alpes françaises :