Panorama Beaufortain 

Publication "à contretemps" : alors que ces jours-ci l'Eté s'est couché et que l'Automne a duré 2 heures mis à la porte par un Hiver pressé, les clichés qui suivent ont été pris à l'occasion de deux balades printanières en Juin 2018 en Haute Tarentaise, sur les flancs du Dôme de Vaugelaz et du Vallon du Forant.

 

     En trajet sur la route des vacances, sans prévenir, mon père tendit l'index par dessus le volant désignant une petite plante fièrement dressée dans la prairie, et s'exclama : "C'est une Orchidée !". 
Une fois l'embardée de la 404 rectifiée, penaud, il précisa  d'une voix plus mesurée : "Un Orchis vanillé..., parce qu'il sent la vanille".
J'avais 8 ou 10 ans, et comme une subite réplique de coup de foudre, papa venait de retrouver une bonne amie disparue dans ses souvenirs d'herbiers dessinés.
De loin, la petite Orchidée violette ressemblait à la Jacinthe que maman emprisonnait oignon dans un placard en octobre, pour la ressortir plante quelques semaines plus tard sur la table de Noël. De loin la Jacinthe sentait fort la jacinthe, de très loin et très fort. De près, la petite Orchidée de papa... ne sentait rien !

Depuis cette époque et pour de nombreuses années, l'Orchidée de papa est archivée dans ma mémoire au rayon :
     - "A papa - Rare et mystérieux",
avec l'étiquette : 
     - "Couleur violette - Sent la vanille (parait-il) - Ressemble à la Jacinthe de Noël de maman - Potentiellement déroutant"

C'est bien plus tard que je découvris des Orchidées sauvages... de couleur jaune.

 

Côte à côte - a

 Flancs du Dôme de Vaugelaz  
côte à côte Orchis mascula (violacé) et Dactylorhiza sambucina (jaune)

La curiosité et la consultation de guides botaniques spécialisés m'apprit qu'une espèce existait sous deux formes, une jaune plus fréquente, et une autre, dite "rouge", moins répandue. 
Je parvins au printemps 2014 à photographier ces deux formes de Dactylorhiza sambucina, ou Orchis (à odeur de) sureau sur les brûlis des landes à genêts du Mont Lozère. Je parvins à les photographier, mais isolément. Cela aurait été si beau de surprendre Orchis sureau jaune bras dessus, bras dessous avec Orchis sureau rouge ! ... d'autant que la seconde fleurit un peu plus précocément que la première ! 

"Surprendre Orchis sureau jaune bras dessus, bras dessous avec Orchis sureau rouge", Pastelle* l'a fait fait avant moi..., avec deux sujets proches mais isolés ! Alors, imaginez la jubilation intérieure quand, au printemps 2018 sur le flanc du Dôme de Vaugelaz, ce ne sont pas deux sujets l'un jaune et l'autre rouge qui se sont offerts à moi, mais bien des troupeaux bicolores nombreux dans leurs prairies d'alpages !

 

Côte à côte - b

Orchis mascula 

Côte à côte - c

Dactylorhiza sambucina

Rencontrer, chercher ces belles plantes sauvages et consulter quelques guides botaniques, permet de pressentir les stations potentielles et de repérer les individus de loin, de plus en plus rapidement et sûrement.
Quant à formuler des hypothèses d'identification, mieux vaut être très prudent, un peu souple et très "indiscret" : 
     - prudent, car la France accueille environ 160 espèces d'Orchidées spontanées. Certaines se ressemblent "comme deux bourdons" alors que d'autres s'hybrident créant de nouveaux sujets. Et de plus, toutes varient d'aspect, de taille et de couleur selon la nature du sol, les conditions de climat, d'exposition, d'humidité... 
     - un peu souple et très "indiscret", car, la cueillette étant proscrite, il est nécessaire de se mettre à 4 pattes ou même couché pour mieux examiner la petite plante sous tous les angles.

 

Côte à côte - e

 Vallon du Forant
côte à côte Orchis pallens (jaune) et Orchis mascula (violacé)

Sur le Dôme de Vaugelaz d'abord, puis dans le Vallon du Forant ensuite, très vite le doute s'est installé. Les premiers Orchis rencontrés, qu'ils soient jaunes ou violets, présentent d'autres caractéristiques que celles de Dactylorhiza sambucina. 
L'appareil photo devient alors le supplément de mémoire obligatoire qui permet des angles de vue encore plus acrobatiques et rapprochés quand il est de petite taille et dispose d'un écran orientable.
Une fois rentré de balade et confortablement installé, guides lus et relus, clichés passés, repassés, comparés, les experts auront identifié les espèces avec certitude. Quant à moi, je soumettrai mes hypothèses d'identification à un botaniste chevronné, spécialiste des Orchidées de la région Rhône-Alpes. 

 

Côte à côte - f

Orchis pallens 

Côte à côte - g

Orchis mascula

Michel confirmera ; il s'agit bien de : 

     - Orchis mascula ou Orchis mâle

     - Orchis pallens ou Orchis pâle

     - Dactylorhiza sambucina jaune et son autre forme rouge ou Orchis sureau.

 

Côte à côte - 5

Flancs du Dôme de Vaugelaz
Côte à côte Dactylorhizas sambucina forme jaune et forme pourpre (en fin de floraison)
émergeant des buissons de Myrtilles
 

Aujourd'hui, avec la jolie petite Orchidée initiale de mon père aux contours si flous et le cliché de Pastelle, sont ressorties d'une étagère de ma mémoire "pour inventaire et actualisation" quelques-unes des trouvailles nombreuses des années dernières.

Aujourd'hui, Orchis pallens a fait son entrée et trouvé sa place au rayon... "bonnes amies" !  

 

Côte à côte - d

 Vallon du Forant

 

© F6
octobre 2018

 

 Pour prolonger  la balade avec indiscrétion :

O

Largement répandu sur le territoire, observé jusqu'à 2200m d'altitude, parfois abondant.

Sépales latéraux dressés.

Eperon long, ascendant (parfois horizontal), élargi au sommet.

Labelle trilobé, lobe médian divisé en deux, ponctué de taches, plus pâle en son centre.

 

 

 

 

 

OLocalisé et rare, principalement montagnard jusqu'à 2200 m d'altitude, alpages et lisières de bois clairs.

Fleurs jaune pâle uni.

Labelle large, trilobé, convexe, jaune un peu plus vif que les sépales.

Eperon cylindrique, arqué, ascendant.

Pollinisé par des bourdons particuliers qui le confondent avec la Gesse printanière nectarifère (mimétisme floral).

 

 

D

Espèce exclusivement montagnarde, plutôt robuste et trapue : Alpes, Massif-Central, Pyrénées, observé jusqu'à 2500 m d'altitude, pâturages, prairies, bois clairs.
Faible odeur de sureau.
Deux formes souvent ensemble, rouge plus rare et de floraison plus précoce, jaune répandue.
Labelle variable : subentier à nettement trilobé, avec ponctuations et tirets rougeâtres.
Eperon robuste, courbé, descendant.

Au passage et en prévision d'un article prochain, remarquons sur ces clichés que l'éperon est tubulaire, toujours situé dans le prolongement du labelle. Et pour cause : le labelle offre le "terrain d'atterrissage" aux insectes avides de nectar juste en face de l'orifice de l'éperon dans lequel ceux-ci introduiront leur trompe pour se délecter, ou pas, du nectar dont il constitue le réservoir. Quand l'Orchidée appartient à une espèce coquine qui ne délivre pas de nectar, elle simule sa présence en diffusant par les ponctuations et les tirets du labelle une odeur attirante. On parle alors de "leurre nutritif". 

Et enfin, une image-cadeau pour les courageux qui sont arrivés jusqu'au terme de cet article, une image pour Pastelle, afin qu'elle soit encore plus impatiente de s'agenouiller devant des Orchidées spontanées du printemps prochain :   

 

Côte à côte - h

 

* Pastelle :

Lumières de l'ombre

Bienheureux les fêlés, ils laissent passer la lumière... Des photos au fil des jours pour essayer de dire.

http://www.lumieresdelombre.com

Pour flâner et humer en Lozère, avec ORCHIS SAMBUCINA et... :

Qui suis-je ? (3) - En balade, né au vent

Ce matin là, Partout la fraîcheur est odeur. La montagne s'offre au vent, Le vent se prête au jeu ...

http://f6mig.canalblog.com

Un petit tour chez les experts :

Accueil - SFO Rhône-Alpes

BIENVENUE SUR LE SITE DE LA SOCIÉTÉ FRANCAISE D'ORCHIDOPHILIE RHÔNE-ALPES Le saviez-vous ? Il y a plus de 180 espèces, sous-espèces et variétés d'orchidées sauvages qui fleurissent en France chaque année, dont 117 observables en Rhône-Alpes !

https://sfo-rhone-alpes.fr